Le premier cri

Le premier cri


 

 

C’est au cours de l’année 2017 que j’ai eu envie de m’essayer à la sculpture, si je ne me trompe pas. Je voulais créer et même si à ce moment-là le dessin paraissait offrir plus de possibilités que toute autre forme d’art pour moi, je savais que je n’allais pas devenir peintre du jour au lendemain. En vérité, je me suis sentie plus proche de la sculpture, car je ne connaissais personne qui en faisait et je voulais faire « mon truc à moi ».


C’est avec cette idée que je suis allée dans un fantastique magasin à Berlin, Modulor, pour acquérir tout ce dont je pourrais avoir besoin. Cet endroit est comme une caverne aux trésors, on y trouve absolument tout ce que le cœur d’un artiste peut désirer et plus encore. Moi, qui sortant de mes lourdes études supérieures qui n’avaient rien à voir avec le monde artistique, étais comme une enfant à la découverte d’un nouveau monde.

 

 

Plus de six mois plus tard, je faisais mon premier cri.
En période de solitude et de dépression hivernale, rongée par le surplus d’émotions que je ne savais plus où évacuer, je me suis mise à mon bureau et je l’ai tout simplement fait.

 

Le cri me trottait dans la tête depuis longtemps. Il était l’image même de ce qui se passait en moi et à défaut de créer de véritables sculptures, je voulais au moins le réaliser, lui. Pour me libérer une fois pour toutes et à chaque fois que je vais le regarder par la suite. Il a été la source qui inspirait toutes mes prochaines sculptures, mon pilier.

 

 

J’ai décidé de m’exhiber entièrement dans ces textes alors je vais m’y tenir et raconter la petite histoire que je raconte avec grand plaisir à chaque fois et qui renferme la source profonde du cri lui-même. Je ne pourrais prétendre avoir été inspiré par le seul ciel gris que je contemplais par la fenêtre. De plus, l’œuvre qui m’a tant donnée, mérite d’être mise en lumière.
De toutes les créations que j’ai eu la chance d’apercevoir dans ma vie, c’est elle qui m’a le plus touché. Voilà son histoire.

Il faut remonter dans mes années de lycée, pendant lesquelles j’ai suivi un cours d’art plastique renforcé. Un hasard m’avait conduit dans cette salle, mais on sait bien qu’en réalité, dans la vie rien n’est un hasard. A l’époque je ne me trouvais pas du tout créative et même si j’appréciais le dessin, je ne voulais pas en faire une profession contrairement aux vingt autres personnes qui suivaient cette matière avec moi.


En entrant un jour dans notre antre des jeunes artistes rêveurs, j’ai vu une immense plaque de plâtre sur laquelle était représenté un homme – squelette. Il se tenait la tête entre les mains, regardait le ciel. Deux halos lumineux s’échappaient de ses yeux et son cœur luisait de la même couleur. Ce n’est qu’après avoir soigneusement examiné le travail, que je me suis rendu compte, que les halos ainsi que le cœur ont littéralement été découpé dans la plaque grise pour laisser entrevoir le blanc immaculé du plâtre. Le résultat était bluffant ; la douleur du squelette était palpable et j’ai été tout de suite ensorcelée. Je m’y suis reconnue, je n’aurais pas pu exprimer mon état mieux que ce plâtre.

 

J’ai fixé cette création de lycéen inconnu à chaque heure de cours et je la retrouvais toutes les semaines avec émerveillement. Qui a dit qu’une grande œuvre ne pouvait venir que d’un grand artiste reconnu ? Probablement personne et en effet, cela aurait été une bêtise que de le prétendre. Ce garçon était déjà devenu, pour moi, le plus grand des artistes.

 

 

Un jour, le professeur a organisé une vente aux enchères pour financer un voyage de la classe - destination les musées de Paris. J’ai tout de suite pensé au squelette et je crois que j’aurais payé n’importe quel argent pour l’avoir. Le professeur m’a promis de demander l’autorisation du créateur et une semaine plus tard, le verdict était tombé. Frustré de ne pas avoir pu faire ce même voyage l’année passée, le garçon préférait mettre son travail à la poubelle plutôt que d’aider à financer ces visites Après nous avoir annoncé le désir de l’artiste, mon professeur est allé l’exécuter : il a emmené le lourd tableau à la déchetterie du lycée. Avec l’aide d’un ami, je l’ai récupéré quelques minutes plus tard.

 

 

J’ai voulu respecter le souhait du maître et je n’ai pas supporté l’entreprise de l’université, mais ayant appris qui était l’artiste derrière l’œuvre, je lui ai donné une somme d’argent symbolique. Il n’avait pas l’air de se rendre compte de l’effet que son travail avait sur moi et je me connaissais encore trop peu pour oser le lui révéler.

 

 

Cette toile sur plâtre a inspiré et continue à inspirer tout ce que je fais aujourd’hui et aucune somme au monde ne saurait m’obliger à m’en séparer. Il y a-t-il plus belle chose au monde que d’être entièrement compris par une personne que l’on ne connaît pas et de retrouver toute la profondeur de notre être dans une seule et même création ?

 

 

Le cri est né avec tout ce bagage d’années. Et aussi ridicule que ça puisse paraître, je le chéris comme mon premier enfant. Je regrette de ne plus me rappeler la date de sa naissance, mais avec lui et né le petit artiste en moi – cette partie que je me préfère.

 

 

 

Avez-vous eu une expérience semblable ? Je suis impatiente de connaître vos vécus, vos émois – partagez-les !

Merci de vous être attardé sur mon blog. Découvrez-vous, soyez heureux et passez une bonne journée.

Passionnément votre
Lina Red

 



Écrire commentaire

Commentaires: 1
  • #1

    Elen Schnee (jeudi, 11 octobre 2018 21:00)

    Beaucoup de gens, de mots, de regards, de moments, de sons m'inspirent.
    Si l'on plonge dans l'inconscient, dans les rêves entre autres, l'imagination n'a plus de limites. Ce sont eux mes premières muses.
    Je puise souvent mon drame dans la musique, car elle est un véhicule puissant pour me plonger dans la création instantanée, où que je sois.
    En ce moment, des doutes subsistent entre la pratique de l'art ou de l'écriture, et les deux me font vibrer. Je regarde autour et, pour l'instant, je ne vois que la forte envie de continuer à persévérer dans les deux sens.

    PS. Ce que tu fais et écris est si inspirant :)